Review of: Song of Freedom
Drame:
J. Elder Willis

Reviewed by:
Rating:
4
On 29 février 2016
Last modified:3 mars 2016

Summary:

Un film en avance sur son temps grâce à une représentation raciale qui s'éloigne des stéréotypes. Avec un Paul Robeson magnifique !

Un film en avance sur son temps grâce à une représentation raciale qui s’éloigne des stéréotypes. Avec un Paul Robeson magnifique !
SongOfFreedom1936

Song of Freedom (1936)

Réalisé par J. Elder Wills

Ecrit par Ingram D’Abbes et Fenn Sherie d’après une histoire de Dorothy Holloway et Claude Wallace

Avec Paul Robeson, Elisabeth Welch, Esme Percy, Robert Adams,…

Directeur de la photographie : Eric Cross, Thomas Glover et Harry Rose

Musique : Eric Ansell

Produit par Will Hammer pour Hammer Film Production

Filmé aux British Lion Studios, Beaconsfield

Drame / Comédie musicale

UK

Au XIXe siècle, alors que l’esclavage bat son plein, la femme d’un roi sur un ile au large des cotes africaines, s’enfuit suite au meurtre de son mari. Deux génération plus tard, alors que l’esclavage est aboli, son descendant John Zinga (Paul Robeson) travaille sur les quais à Londres, rêvant de l’Afrique mais ignorant tout de ses origines.

song-of-freedom-1936-affiche« Song of Freedom » fait partie de la poignée de films produits par la première incarnation de Hammer Films, et plus précisément par son co-fondateur Will Hammer (William Hinds de son vrai nom). C’est une production osée pour l’époque, car tentant de s’écarter des caricatures raciales de personnes noires telles qu’elles étaient montrées alors à l’écran.  Le film donne un beau rôle l’acteur afro-américain Paul Robeson qui s’est installé à Londres à la fin des années 20.

Robeson, un acteur et chanteur qui avait une conscience politique forte, cherchait alors à s’éloigner des caricatures auxquelles l’avaient cantonné le cinéma américain mais aussi certains de ses films UK comme  » Sanders of the River » (1935) de Zoltan Korda. Après « Song of Freedom »,

« Song of Freedom » nous conte l’histoire de John Zinga, un travailleur sur les docks de Londres, de descendance africaine. Il rêve de l’Afrique, mais ne sait même pas d’où il vient. Il a acquis une certaine popularité sur les quais grâce à sa superbe voix et donne des représentations pour ses amis dans le pub local. La rencontre avec le célèbre compositeur d’opéras  Gabriel Donozetti va lui permettre de connaitre la gloire et surtout de rencontrer un ethnologue qui va identifier son médaillon et permettre à John de connaitre son lieu d’origine. Il décide alors d’interrompre sa carrière de chanteur pour partir à la rencontre de son peuple.

Le scénario de « Song of Freedom » n’est pas très convaincant (et frôle le ridicule dans la partie africaine) mais qu’importe. Ce film revêt d’une importance majeure dans l’histoire du cinéma britannique par sa représentation des noirs qui s’éloigne de la caricature. Enfin au moins dans la représentation de John et de sa femme Ruth (interprétée par une autre afro-américaine installé à Londres Elisabeth Welch) , débarrassés de tout stéréotype racial. Ce n’est malheureusement pas le cas de l’ami et aide Monty qui lui n’échappe pas à la caricature condescendante (il est un peu idiot et couard).  Et évidemment la tribu africaine est montrée comme un troupeau de moutons sous le joug du méchant et ridicule chaman qui a pris le pouvoir.

Bref, la condescendance coloniale-raciale n’est pas absente de « Song of Freedom » mais pour un film du milieu des années 30, il reste très novateur et son importance ne doit pas être sous estimée. Robeson y joue un noir né en Grande-Bretagne et traité d’égal à égal par ses collègues de travail et ses amis. Une révolution (même si en réalité la situation des noirs à Londres au milieu des années 30 était sûrement moins idyllique – c’est à dire sans discrimination raciale – que le film aimerait bien nous le faire croire).

Dans ce même élan anti-stéréotypes, Robeson participera également à « Big Fella » (1937), avec la même équipe, et « The Proud Valley » (1937). De retour aux USA, il reprendra le chemin de l’écran avec « Tales of Manhattan » (1942) de Julien Duvivier, mais encore une fois déçu par les rôles stéréotypés qu’Hollywood lui offre, il abandonne définitivement le cinéma.

C’est évidemment une tragédie pour le cinéma. Car si Robeson a un jeu parfois un peu limité, il a une présence qui crève l’écran et une superbe voix. Ancienne star du football américain pendant ses années universitaires et avocat à Harlem pendant quelques années avant de laisser tomber la carrière juridique à cause du racisme, Robeson est l’une des premières stars afro-américaines du cinéma. Il s’est battu dès les années 30 contre les stéréotypes raciaux et pour une affirmation de la culture afro-américaine. Il se battra également pour les droits civiques avec sa femme Eslanda (« Essie ») Cardozo Goode Robeson.

On a beaucoup de chance car ce film trop rare est disponible en France grâce à l’éditeur Wild Side Video. Une initiative qu’il faut saluer bien bas.

[xrr rating=8/10]

DVD zone 2 FR. Studio Wild Side Video. Version originale sous-titrée en français.

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