Review of: Mr Turner
Biographie historique:
Mike Leigh

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4
On 13 avril 2017
Last modified:13 avril 2017

Summary:

Avec Mr Turner, Mike Leigh interroge notre perception petite bourgeoise de l'artiste qui devrait répondre à des codes bien précis

Avec Mr Turner, Mike Leigh interroge notre perception petite bourgeoise de l’artiste qui devrait répondre à des codes bien précis et être à l’image de son art

Mr. Turner (2014)

Ecrit et réalisé par Mike Leigh

Avec Timothy Spall, Paul Jesson, Dorothy Atkinson, Marion Bailey,…

Directeur de la photographie : Dick Pope

Produit par Georgina Lowe

114mn

UK / France / Allemagne

« Les dernières années de l’existence du peintre britannique. Artiste reconnu, Turner (Timothy Spall) vit entouré de son père et de sa dévouée gouvernante. Il fréquente l’aristocratie, visite les bordels et nourrit son inspiration par ses nombreux voyages. La renommée dont il jouit ne lui épargne pas toutefois les éventuelles railleries du public. À la mort de son père, profondément affecté, Turner s’isole. Sa vie change cependant quand il rencontre Mrs Booth, propriétaire d’une pension de famille en bord de mer. »

Avec Mr Turner, Mike Leigh choisit un style de film où on ne l’attend pas : la biographie d’un peintre du 19e siècle. Voici un sujet qui peut sembler un peu académique à première vue. Mais Mike Leigh a un style particulier et on ne s’attend pas à ce qu’il nous fournisse une biographie hagiographique comme il y en a tant.  Et ce n’est évidement pas le cas.

Bien entendu la reconstruction historique et les images sont superbes. Mike Leigh travaille ici encore une fois avec Dick Pope qui l’accompagne sur tous ses films depuis « Life is Sweet » (1990) dont ses autres films historiques « Topsy-Turvy » (1999) « Vera Drake » (2004).

Mais là où on retrouve Mike Leigh c’est évidemment dans la recréation du personnage de Turner et des rapports humains qu’il entretient avec ses proches mais aussi ses collègues ou encore ses clients. Célèbre peintre de marines, excentrique, J.M.W. Turner est un personnage qui éructe plus qu’il ne parle, dont les interactions humaines semblent strictement limitées aux fonctions primitives. Evidemment ce n’est qu’apparence, mais pour aller au fond du personnage il faut retirer une sacrée couche de crasse.  Pour autant l’humanité et l’intelligence du personnage apparaissent au détour de conversations et de gestes.

Un artiste n’est pas forcément quelqu’un de distingué, ni de bon. Turner n’est pas aimable. C’est un sauvage, un homme égoïste et ravagé (notamment par la folie de sa mère morte quand il avait 19 ans – c’est là aussi un témoignage de la subtilité de Leigh que de ne pas trop s’appesantir sur cette théorie). Par sa sauvagerie, Turner provoque des dégâts autour de lui. Du coup le film de Mike Leigh nous interroge sur la perception bourgeoise que nous avons de l’art, censé être une création intellectuelle par des êtres évolués et distingués pour des êtres évolués et distingués. Pas si simple.

Evidemment la réussite de ce film, pas forcément facile d’accès pour ceux qui ne sont pas sensibles à la démarche pourtant méritoire de Mike Leigh, tient en bonne partie sur les épaules d’un Timothy Spall impressionnant. Ce rôle lui a valu fort justement un prix d’interprétation masculine à Cannes.

DVD zone 2 FR. Studio TF1 Vidéo (2015). Version originale sous-titrée en français et version française

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