Les grands studios du cinema Britannique

Le cinéma britannique c’est aussi de grands studios qui ont marqué l’histoire. Parfois la mémoire collective les rattache à une société de production (Ealing Studio et Ealing Films ou Bray Studios et la Hammer,…).

Ou alors c’est une figure majeure qui reste associée à tout jamais au studio. Pinewood a été co-fondé par J. Arthur Rank et Denham Studios par Alexander Korda, deux géants du cinéma britannique.

Souvent ces studios ont changé de nombreuses fois de mains au rythme des crises financières qui font également partie intégrante de l’histoire du cinéma britannique.

Mais ces studios, qu’ils aient disparu, qu’ils aient été mutilés, restent des lieux sacrés où ont été produits certains des plus grands chefs d’oeuvre du cinéma et où ont travaillé les plus grands professionnels de l’industrie, quelque soit leur nationalité.

Ealing (1902, -)

EalingStudios

On a commencé à produire des films à Ealing dès 1902 quand Will Barker y a construit un studio tout en verre sur trois étages.
En 1929, Basil Dean fonde la compagnie Associated Talking Pictures (ATP) et y construit le premier studio conçu pour le parlant. Dans les années 30, le studio accueille des stars de l’époque comme George Formby et Gracie Fields.
Michael Balcon, fondateur de Gainsborough, reprend le studio en 1938. Balcon se donnera pour mission d’y faire des films sur la Grande Bretagne et ses habitants. En plus d’être un studio, Ealing devient une compagnie de production (Ealing Films). Balcon arrive également à s’assurer l’appui financier de Rank dès 1944.
C’est entre 1947 et 1955 que seront produites la dizaine de films aujourd’hui célébrés sous la bannière des « Ealing comedies ». Ces films avaient en commun de mettre en avant des britanniques comme les autres (souvent joués par Alec Guinness!), un peu excentriques, soit seuls contre tous ou faisant partie d’une petite communauté qui doit se battre contre le reste du monde.
Balcon s’entoure de réalisateurs et scénaristes dans lesquels il a confiance et qui partagent sa vision du cinéma. En échange, une grande liberté de traitement est laissé à leur bon jugement.
Balcon cessa la production à Ealing en 1955 et la poursuivit pendant trois ans à Elstree. De 1955 à 1995, la BBC qui a racheté le studio, y loge son Film Department, qui travaille sur les productions en 16 et 35mm, mais également pour filmer des inserts pour ses productions alors essentiellement tournées en cassette vidéo dans des studios électroniques.
En 1995, la BBC vend le site pour 1£ à la National Film and Television School (NFTS). Depuis les années 2000, la production de films a repris.

Site : http://www.ealingstudios.com/

Films :
Henry VIII (1910)
Sixty years a queen (1913)
Birds of Prey (1930)
Went the Day Well? (1942)
Kind Hearts and Coronets (1949)
The Ladykillers (1955)
Dunkirk (1958)
The Singing Detective (1986)
Notting Hill (1999)
Shaun of the Dead (2004)
The Descent (2005)

Elstree (1914, -)

ElstreeStudios

Dresser l’histoire d’Elstree est quelque peu plus complexe car l’appellation recouvre un certain nombre de studios différents basés à Borehamwood Elstree (à 20mn du centre de Londres) et qui ont formé ce qu’on appelle aussi le British Hollywood. Les deux plus gros studios du lot étant : Amalgamated / MGM et BIP/APBC/EMI.
C’est Percy Nash et John East qui ont ouvert à Borehamwood Elstree le premier studio en 1914 baptisé Neptune Films. A l’époque c’était le premier studio entièrement étanche à la lumière d’Europe. Mais leur expérience sera de courte durée, la première guerre mondiale étant une période peu propice aux affaires. Le studio ferme en 1917. Onze ans plus tard, la Blattner Film Corporation reprend le studio et y ajoute un autre studio à proximité, Whitehall Studios.
En 1927, l’écossais John Maxwell rachète un studio mort né (conçu notamment par un entrepreneur américain). Maxwell fonde BIP (British International Pictures) qui deviendra par la suite ABPC (Associated British Production Company). Homme d’affaires avisé, Maxwell fait signer un contrat de trois films à Hitchcock et sonorise les scènes. C’est là que Blackmail (1929), le premier film parlant britannique, sera tourné.
En 1935-37, un autre grand studio apparaît, Amalgamated Studios. Mais celui-ci est rapidement racheté par Rank.
Fermés pendant la guerre, les studios sont rénovés ou repris par des Américains. En 1946, Warner acquiert des parts dans ABPC (futur EMI Elstree) et MGM investit dans Amalgamated. Pendant les années 50 et 60, les studios d’Elstree vont accueillir des productions ambitieuses souvent co-financées par les Américains (notamment la majorité des films de Kubrick), mais aussi des productions télévisées. Parmi les studios importants de cette époque, on peut mentionner celui des frères Edward et Harry Danziger, des Américains qui viennent s’installer en Angleterre en 1952 et fondent leur propre studio à Elstree quatre ans plus tard. Jusqu’en 1965 les studios Danziger, comprenant cinq plateaux, emploieront environ 200 personnes. Une douzaine de longs métrages et plus de 400 épisodes de série télévisée y seront tournés.
Les studios d’Elstree ont formé et employé de nombreux habitants du quartier. Mais à partir des années 70, ils n’ont plus d’équipe permanente.
A la fin des années 70, seul le Studio EMI Elstree est encore utilisé. C’est là que seront filmés les Star Wars et les Indiana Jones.
En 1985, EMI Elstree ferme ses portes et est mis en vente. Trois ans plus tard, un promoteur immobilier le rachète et le découpe au grand dam des habitants qui vivent avec ces studios depuis si longtemps. En 1996 les autorités locales rachètent le studio. Celui-ci est toujours en activité aussi bien pour le cinéma que la télévision et a ainsi accueilli récemment « The King’s Speech » (2010). Les affaires vont assez bien pour qu’en 2012, les Studios d’Elstree adoptent un plan d’expansion de 4,5 millions de livres.

Site : http://www.elstreestudios.co.uk/

Films :
Blackmail (1929)
Atlantic (1929)
Lucky Jim (1957)
Ice Cold Alex (1958)
2001 : A Space Odyssey (1968)
Star Wars (1977)
The Shining (1980)
Raiders of the Lost Ark (1981)
The Dark Crystal (1982)
The King’s Speech (2010)

Gainsborough (1927-1950)

Gainsborough studios

Gainsborough Pictures a été fondé par Michael Balcon en 1924. Il s’installe dans sur le site d’Islington (une station électrique pour les trains reconverti par des Américains en studio en 1919). Il signe un partenariat avec la compagnie Allemande Ufa (qui durera jusqu’en 1934). En 1927, Gainsborough se retrouve absorbé par Gaumont British Picture Corporation mené par les frères Ostrer. La nouvelle compagnie utilise alors deux studios : celui d’Islington et celui de Lime Grove à Shepperd’s Bush (ouvert en 1915 par Gaumont).
C’est pour Gainsborough qu’Hitchcock, qui a commencé sa carrière chez Gaumont British, fera ses premières armes. Il y signera le premier grand succès de sa carrière avec « The Lodger » en 1927.
David Lean y fera également ses premiers pas tout en bas de l’échelle.
Après le départ de Michael Balcon pour les USA en 1936, les studios périclitent et rapidement signe un accord avec J Arthur Rank. Les tournages sont alors relocalisés sur Pinewood, sauf pour les films estampillés Gainsborough. C’est à cette époque et sous l’influence de Maurice Ostrer qu’apparaissent les « Gainsbourough melodrama », des mélodrames historiques conçus pour le marché britannique et avec des stars sous contrat qui se partagent l’affiche d’un film à l’autre (Margaret Lockwood, James Mason, Stewart Granger, Patricia Roc,…). Entre 1943 et 47, ces mélodrames ont connu un succès retentissant, surtout auprès du public féminin… mais au bout de quatre ans le public se lasse.
En 1947, Sidney Box (producteur oscarisé de « The Seventh Veil ») prend la tête du studio. Un programme ambitieux de production de 12 films par an ne suffira pas à relever la barre, et Rank fermera le studio en 1950.

Films :
The Lodger (1927)
The 39 Steps (1935)
The Man in Grey (1943)
The Wicked Lady (1945)
Broken Journey (1948)

Shepperton (1932, -)

Shepperton Studios

C’est en 1928, peu après le Cinematograph Act de 1927, que l’homme d’affaires Norman Loudon acquiert Littleton Park House et 70 âcres (qui comprend une forêt et un bout de rivière) pour le transformer en studio. En 1932, un studio ultra moderne, baptisé « Sound City » ouvre ses portes et donne un sacré coup de vieux aux studios plus anciens basés dans Londres. Trois ans plus tard, le studio ferme pour rouvrir l’année suivante avec sept scènes avec air conditionné !
Sound City devient un lieu de prédilection pour les producteurs indépendants qui y installent leurs bureaux. A la fin des années 30, la production s’essouffle et le studio est réquisitionné par l’armée.
Alexander Korda, via sa société British Lion, prend possession du studio en 1946. Shepperton profite des problèmes de Rank à la fin des années 40 : des producteurs reprennent alors leur liberté, quittent Pinewood, et viennent s’installer dans le studio (Michael Powell, David Lean, Carol Reed,…).
En outre, Korda a toujours été doué pour trouver de l’argent. Il obtient ainsi un prêt de la National Film Finance Company (NFFC) et décroche un accord avec David O. Selznic qui lui fournit des finances et l’accès à des stars hollywoodiennes.
Mais Korda est également un mauvais gestionnaire. Et en 1955, NFFC prend possession du studio. Heureusement, le directeur du NFCC fait venir à la direction, non des gestionnaires comme à Pinewood, mais des gens du métier (les frères Boutling, Frank Launder, Sidney Gilliat,…). Et quand Sir Michael Balcon rachète le studio et British Lion dans les années 60, il conserve l’équipe dirigeante.
En 1971-72, le studio affiche des pertes de 1 million de livres. Un banquier John Bentley rachète la compagnie, vend des terrains, restructure le studio et licencie le personnel permanent. Quand Ridley Sott décide d’y tourner « Alien » en 1977, le studio n’était plus que l’ombre de lui même et seulement six autres productions y furent tournées cette année là.
En 1984 John et Benny Lee rachètent le studio et entreprennent des travaux de remise en état. La même année, David Lean vient y tourner son dernier film « A passage to India ».
Pendant les années 90, Kenneth Branagh va être l’un des utilisateurs les plus assidus du studio. Comme la fameuse société de production Working Title, qui y produit « Four Weddings and a Funeral » (1994).
En 1995, un consortium mené par les frères Scott (Ridley et Tony) rachète le studio. En 2001, Shepperton fusionne avec Pinewood au sein de The Pinewood Studios Group.

Site : http://www.pinewoodgroup.com/our-studios/uk/shepperton-studios

Films :
The Third Man (1949)
Private’s Progress (1956)
The Guns of Navarone (1961)
Pink Panther (1963)
Billy Liar (1963)
Dr Strangelove (1964)
Oliver! (1968)
Performance (1970)
Alien (1978)
A passage to India (1984)
Henry V (1988)
Four Weddings and a Funeral (1994)
Marry Shelley’s Frankenstein (1995)
Prometheus (2011)
Hugo (2011)

Pinewood (1936, -)

Pinewood Studios

Le studio de Pinewood est l’un des studios les plus célèbres de Grande Bretagne. Il a été construit en 1935 par J. les hommes d’affaire Arthur Rank et Charles Boot, à Iver Heath, un village situé à une trentaine de kilomètres de Londres. Il ouvre ses portes en février 1936 mais a peine à s’affirmer face au studio de Denham. Il va rentrer dans une période de forte en activité en 1942 quand le gouvernement britannique va le réquisitionner pour l’effort de guerre. Pinewood va alors accueillir l’AFPU (Army Film and Photographic Unit) où travailleront notamment John et Roy Boulting et Richard Attenborough.
En avril 1946, Pinewood retourne à la vie civile. Il accueille alors de prestigieuses productions, notamment de réalisateurs qui précédemment avaient travaillé à Denham comme Lean et Powell. « Oliver Twist » et « The Red Shoes » y serons par exemple produits en 1948.
De grandes franchises naitront à Pinewood : James Bond (dont le nom reste aujourd’hui attaché au studio) ou encore les séries comiques à grand succès « Carry On » et « Doctor ».
A la fin des années 60, le cinéma britannique traverse une crise et par mesure d’économie, Pinewood revoie son modèle économique. Les équipes de production ne seront plus salariées du studio, Pinewood se contentera désormais de louer l’espace aux compagnies de production qui font venir leurs propres équipes. L’esprit communautaire et glamour de Pinewood (avec toutes les stars et les équipes qui se restauraient au café commun) en prend un coup.
Dans les années 70, époque ô combien difficile pour le cinéma britannique, Pinewood accueillera les productions télévisées d’ITC : « Space 1999 », « The Persuaders » (Amicalement vôtre), UFO,…
En 1976, une immense scène est construite pour le James Bond, « The Spy Who Loved Me », et sera baptisée « Albert R. Broccoli 007 stage ». La nouvelle scène, comme la présence d’un immense tank pour les scènes en mer (de 73×18 mètres), en fait un lieu privilégié pour les productions internationales à gros budget : de Star Wars au Pirate des Caraïbes en passant par les Superman, Harry Potter ou Da Vinci Code…
D’autant qu’en 2001, Pinewood a fusionné avec l’autre grand studio, Shepperton, pour former The Pinewood Studios Group.

Site : http://www.pinewoodgroup.com/our-studios/uk/pinewood-studios

Films :
Desert Victory (1943)
Oliver Twist (1948)
The Red Shoes (1948)
Doctor in the House (1954)
A night to Remember (1958)
Carry On Sergent (1958)
Dr No (1962)
Cleopatra (1963)

Denham (1936-1951)

Denham Studios

Le studio Denham a été créé en 1936 par le réalisateur et producteur légendaire Alexander Korda. Le succès international, et surtout américain, de son film « The Private Life of Henry VIII » (1933) lui permit d’acheter un terrain de 193 âcres près du village de Denham pour fonder un studio ultra moderne qui puisse rivaliser avec Pinewood. Et de fait c’est là que sera tourné le premier film britannique en Technicolor « Wings of the Morning » en 1936.
Mais Korda a les yeux plus gros que le ventre et dépense sans compter. Les studios sont disproportionnés au regard des besoins de l’industrie de l’époque. Et dès 1939, il est obligé de passer la main et de laisser Prudential prendre possession du studio… avant que son grand adversaire J. Arthur Rank prenne à son tour le contrôle.
Denham est connu pour avoir accueilli de nombreux professionnels en provenance de toute l’Europe (détail qui lui vaut le surnom de « The Polish Corridor »). C’est aussi le lieu où va se former l’un des plus célèbres partenariats de l’histoire du cinéma britannique : Michael Powell et Emeric Pressburger.
David Lean va y signer les plus grands succès du début de sa carrière (dont « Brief Encounter »).
A la fin des années 40, Denham subit de plein fouet la crise de liquidités de l’empire Rank et la production se concentre à Pinewood. En 1951, le dernier film y est tourné. Le site sera démoli vingt ans plus tard.

Films :
– Wings of the morning (1936)
– The Thief of Bagdad (1939)
The Life and Death of Colonel Blimp (1943)
Brief Encounter (1945)
A matter of Life and Death (1947)

Bray (1951, -)

Bray Studios

Bray a été fondé et demeure rattaché dans le souvenir collectif à une maison de production : Hammer Films Productions. Si la Hammer a été fondée en 1934, puis après une période de hiatus est ré-apparu en 1946 sous le contrôle des fils des deux fondateurs d’origine, ils travaillent au début aux studios Marylebon. Puis ils décident d’acquérir une vieille maison suffisamment grande et avec du terrain pour y installer un studio de cinéma. Leur choix se porte en 1951 sur une vieille maison insalubre et 35 âcres de terre près de Windsor qu’ils rebaptisent Bray Studios.
La Hammer va connaitre un succès retentissant dans la SF avec « The Quatermass Xperiment » (1955) puis l’horreur avec « The Curse of Frankenstein » (1957). Néanmoins la compagnie va continuer à produire un large spectre de films allant du drame au film d’aventures exotiques ou au thriller psychologique en passant par le film noir.
Evidemment Bray Studios n’avait rien à voir avec les immenses studios de Pinewood et de Shepperton. Mais la Hammer avait institué dans un environnement familial un modèle économique très agressif avec un cycle de production effréné basé sur le recyclage permanent (décors, costumes, acteurs,…).
En 1964, ABPC qui gérait l’un des grands studios d’Elstree, acquiert des parts dans le studio de Bray et demande à la Hammer de produire en priorité dans les studios d’Elstree. La dernière production de la Hammer a être filmée à Bray fut « The Mummy’s Shroud » en 1966. Bray sera vendu en 1970 alors que la Hammer tirait ses dernières munitions. Bray a eu différents propriétaires depuis mais à ce jour il reste un studio, surtout utilisé pour filmer des maquettes et pour la production d’effets spéciaux visuels.
En 2010, une pétition s’est opposée aux propriétaires de l’époque qui souhaitaient transformer le studio en appartements résidentiels, preuve que le risque de disparition du studio est toujours possible malgré son poids dans le patrimoine cinématographique.

Fims :
The Quatermass Xperiment (1955)
The Curse of Frankenstein (1957)
Alien (1977)
The Imaginarium of Doctor Parnassus (2009)

 

À lire 

  • British Film Studios. Kiri Bloom Walden. Shire publications, 2013
  • Ealing Studios. Charles Barr. Cameron & Hollis. 1999
  • The Secret Life of Ealing Studios: Britain’s favourite film studio. Robert Sellers. Aurum Press Ltd. 2015
  • Elstree Studios: A Celebration of Film and Television. Michael O’Mara. 2015
  • MGM British Studios: Hollywood in Borehamwood. Derek Pykett. BearManor Media. 2015
  • Pinewood Studios, 70 Years of Fabulous Filmaking. Carroll & Brown Publishers Limited. 2007
  • Shepperton Studios, a visual celebration. Southbank Publishing. 2005
  • Gainsborough Pictures. Ed. Pam Cook. Continuum International Publishing Group Ltd. 1997
  • London’s Hollywood: The Gainsborough Studio in the Silent Years. Gary Chapman. Edditt Publishing. 2014