Review of: L'enfant miroir
Drame:
Philip Ridley

Reviewed by:
Rating:
4
On 23 août 2016
Last modified:2 novembre 2016

Summary:

Un film sur le fil entre réalité et fantastique à la photographie très travaillée qui met en images des évènements cruels vus par un enfant de 8 ans.

Un film sur le fil entre réalité et fantastique à la photographie très travaillée qui met en images des évènements cruels vus par un enfant de 8 ans.

TheReflectingSkin-LefantMiroir1990

The Reflecting Skin (1990)

(L’enfant miroir)

Ecrit et réalisé par Philip Ridley

Avec Jeremy Cooper, Viggo Mortensen, Lindsay Duncan,…

Directeur de la photographie : Dick Pope

Musique : Nick Bicât

Produit par Dominic Anciano et Ray Burdis

Drame / horreur

UK / Canada

Les années 50, quelque part dans l’Idaho. Seth (Jeremy Cooper) est un jeune garçon de huit ans qui vit avec ses parents parmi les champs de blé qui s’étendent à perte de vue. Il est persuadé que leur voisine, Dolphin (Linsday Duncan) est une vampire. L’un de ses amis est retrouvé mort.

ReflectingSkin« The Reflecting Skin » est le premier long de Philip Ridley. Ex-étudiant en peinture à la St Martin’s School of Art de Londres, il a développé le scénario du film à partir d’une série de montages réalisée alors qu’il était encore étudiant et intitulée « American Gothic ».

Et de fait, la première chose qui frappe dans « The Reflecting skin » c’est sa minutie et sa quasi perfection visuelle. Aidé par le directeur de la photographie Dick Pope, Ridley exploite un paysage typique de l’Amérique profonde (quelques maisons perdues dans les champs de blé à perte de vue) et le transforme en paysage à la fois hypnotique, inquiétant et claustrophobe.

Ridley utilise efficacement les couleurs primaires pour faire passer des sensations : le jaune, le rouge, le bleu et le noir. Le résultat ? Grâce à son jeu de couleurs, Ridley déstabilise le spectateur en renforçant (ou contredisant) son ressenti face aux faits relatés par le scénario.

Il faut dire que le scénario est très sombre, morbide. Durant cet été ensoleillé, Seth va être confronté à la mort, au deuil, à la perte, au sexe,… Il n’y a aucune volonté de réalisme dans « The Reflecting Skin », tout est exagéré, fantasmé et interprété comme si l’histoire nous était racontée quelques années plus tard – déformée par les souvenirs d’un enfant psychotique (Seth lui-même).

« The Reflecting Skin » transpose sur l’écran la vision d’événements dramatiques (une série de crimes) vus par un enfant de 8 ans. Et même s’il laisse perplexe et désarçonne le spectateur, il faut bien dire que le film réussit à rendre ce mélange d’innocence et de cruauté de l’enfance.

Si le film refuse de franchir le seuil du fantastique (son ambiance malsaine et son symbolisme morbide restent à la frontière entre la réalité et le fantastique), il ne tranche jamais et laisse en suspens de nombreuses questions. On ne sait jamais où se trouve la réalité et le fantasme : est-ce que la Cadillac vue par Seth est réelle ou un produit de son imagination ? Les personnages (dont celui du shérif) semblent être des caricatures déformées par la perception d’un enfant.

L’existence concrète d’un monde extérieur n’est perçue qu’à travers le retour du frère de Seth, Cameron (Viggo Mortensen), ancien militaire qui a travaillé sur des essais nucléaires dans le Pacifique et qui trimballe dans son portefeuille une photo où l’on voit un bébé japonais irradié pendant Hiroshima et dont la peau semble réfléchir la lumière (d’où le titre du film). Seth lui-même absorbe les événements et sentiments qu’il ressent et les renvoie à la figure des adultes (et des spectateurs) de façon déformée (tel un miroir grossissant dans une fête foraine).

Notons la performance du jeune Jeremy Cooper qui apparaissait ici pour la première fois sur grand écran. Il continuera par la suite à faire du cinéma, mais surtout en tant que figurant. Linsday Duncan dans le rôle de la voisine et Viggo Mortensen sont également très convaincants.

« The Reflecting Skin » est édité en France en DVD sous le titre de « L’enfant miroir » auprès de l’éditeur Blaq Out. Une très belle copie agrémentée d’une interview intéressante et éclairante du réalisateur et de ses deux premiers courts métrages.

DVD zone 2 FR. Studio Blaq Out (2015). Version originale sous-titrée en français et version française. Bonus : Entretien exclusif avec le réalisateur Philip Ridley (22′) + Courts métrages : « Visiting Mr. Beak » (1987, 21′) et « L’univers de Dermot Finn » (1989, 10′)

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