Drame:
Basil Dearden

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4
On 24 juillet 2013
Last modified:11 octobre 2015

Summary:

Un drame poignant sur la mort d'une fille de 8 ans à cause du refus du père d'accepter une transfusion sanguine. Life for Ruth refuse le jugement facile, et c'est tout à son honneur

Un drame poignant sur la mort d’une fille de 8 ans à cause du refus du père d’accepter une transfusion sanguine. Life for Ruth refuse le jugement facile, et c’est tout à son honneur.

Life for Ruth (1962)

 

Life for Ruth (1962)

(Accusé, levez-vous)

Réalisé par Basil Dearden

Ecrit par Janet Green d’après sa pièce

Avec Michael Craig, Patrick McGoohan, Janet Munro,…

Produit par Michael Relph pour Allied Film Makers (AFM)

Drame

93 mn

UK

Alors que Ruth, sa fille de 8 ans, est à l’hôpital entre la vie et la mort, son père John (Michael Craig) refuse qu’elle soit transfusée par conviction religieuse. Malgré l’insistance du docteur James Brown (Patrick McGoohan), il s’obstine ne voulant pas compromettre sa vie éternelle. Après la mort de Ruth, le docteur Brown décide porter plainte contre le père pour homicide.

« Life for Ruth » s’inscrit dans les films socialement engagés de Dearden et Relph au même titre que « Sapphire » (1959) sur le racisme,  « Victim » (1961) sur l’homosexualité, ou encore « Violent Playground » (1958) sur la délinquance juvénile. Si notamment ce dernier parait donne une lecture simpliste et réactionnaire de la délinquance (mais après tout Dearden a également signé « The Blue Lamp », 1950, qui n’est pas vraiment un brûlot contre l’ordre établi), « Life for Ruth » est d’une autre trempe.

Ici pas de position simpliste. La force du film est notamment de ne pas trancher trop ouvertement en tout cas, et de ne pas mettre en exergue un camp contre l’autre. Malgré son choix dramatique guidé par sa conscience religieuse (et une phrase de la bible disant qu’il ne faut point manger le sang et la chaire d’un autre homme), le père de Ruth est montré comme un homme d’une extrême honnêteté qui tente de mener une vie exemplaire (la scène de l’accident où il sauve d’abord le fils de ses voisins avant de sauver sa propre fille, en dit long sur le personnage).

La mère, anglicane convertit aux croyances de son mari par amour (à noter que la religion en question n’est jamais nommée), se plie au choix de son mari, avant de revenir sur sa décision, terrifiée. Mais c’est trop tard. Et elle devra faire le deuil de sa fille et voir si elle peut ou veut pardonner ou non à son mari.

Chaque personnage a son intime conviction sur le sujet, mais il n’y a pas de réponse facile, même pour le Docteur Brown qui décide de porter plainte non pas par haine contre le père de Ruth, mais par haine contre ce qu’il a fait, et éviter que cela ne se reproduise.

Le commissaire chargé de l’enquête pense que :

La religion n’est pas une affaire simple. Tout le monde ressent, personne ne pense

Alors que le père anglican de la paroisse dont faisait partie la mère estime que pour sa part il fallait sauver Ruth, mais comprend la conviction de John.

– Quelle est la différence ? Nous lisons tous le même livre

– La différence est très simple. Nous en retenons ce que nous voulons… Nous traitons tous l’église comme un supermarché.

Lors du procès de John, son avocat rappelle que John croit en une religion partagée par de nombreux individus, et que cette religion est autorisée. Il demande au jury de juger de la sincérité de sa croyance, et de prendre en compte le fait que la religion constitue sa conscience. Alors que le juge pense que la décision n’aurait pas dû être celle du père, et qu’il n’aurait pas du avoir à choisir.

Ce qui n’est  bien entendu pas l’avis du procureur :

Vous avez placé vos croyances personnelles avant son bien être. Vous avez laisser Ruth mourir !

John doit faire face à la vérité :

J’attendais un miracle ! Je l’ai tué ! Je suis coupable !

Le film est un drame poignant. En tant qu’athée je ne peux personnellement pas comprendre le choix du père de Ruth, en tant qu’être humain je peux comprendre ses doutes, ses faiblesses et sa logique tordue qui l’ont amené à faire un choix si horrible. Et finalement, in fine pour moi, c’est la pitié qui l’emporte. Je suis d’accord avec le juge (et je pense avec Dearden) : il n’aurait pas dû avoir à choisir. Dans un pays laïque, l’Etat et les lois sont là pour éviter ce genre de drames.

Bref, « Life for Ruth » est un film d’une intelligence rare sur un sujet extrêmement complexe. Il a été écrit par Janet Green (qui était également la scénariste de « Victim » et « Sapphire » pour Dearden).

Il est à espérer qu’un jour un éditeur français se penchera sérieusement sur la filmographie de Basil Dearden. Les trois films sus-nommés sont aujourd’hui introuvables en France, et c’est fort dommage.

[xrr rating=8/10]

DVD Network. Zone 2 UK. Version originale sans sous titres. Bonus : trailer.

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