Review of: Secret Défense
Thriller:
Ken Loach

Reviewed by:
Rating:
4
On 9 février 2017
Last modified:9 février 2017

Summary:

Un thriller complotiste signé Ken Loach. Les autorités britanniques empêtrées en Irlande du Nord et le parti conservateur en prennent pour leur grade !

Un thriller complotiste signé Ken Loach. Les autorités britanniques empêtrées en Irlande du Nord et le parti conservateur en prennent pour leur grade !

Hidden Agenda (1990)

(Secret défense)

Réalisé par Ken Loach

Ecrit par Jim Allen

Avec Frances McDormand, Brian Cox, Brad Dourif,…

Directeur de la photographie : Clive Tickner

Produit par Eric Fellner pour Hemdale

Thriller politique

104mn

UK

Durant les années 80, Paul Sullivan (Brad Dourif) et sa fiancée Ingrid Jessner (Frances McDormand) se rendent à Belfast pour enquêter sur des allégations d’atteinte aux droits de l’homme commises par les forces de sécurité britanniques. Paul est assassiné dans des circonstances mystérieuses et est enregistré en tant que complice de l’IRA. Mais Ingrid et l’enquêteur britannique Paul Kerrigan (Brian Cox), mettent en doute les conclusions de l’enquête et viennent à découvrir un complot mettant en cause des personnalités haut placées…

« Hidden Agenda » est un film à part dans la filmographie de Ken Loach où l’aspect social n’est quasiment pas abordé (le film est purement politique) et où au niveau de la forme il adopte un genre a priori très peu « Loachien », le thriller. Mais s’en étonner serait simplifier la démarche de Loach et oublier que des oeuvres ‘atypiques’ (c’est à dire ne rentrant pas dans le cadre du drame social à l’anglaise auquel on le limite un peu vite), il en a quand même signé beaucoup !

« Hidden Agenda » est plus précisément un thriller complotiste, genre où excellent plutôt les Américains. Ici Loach se ré-approprie le genre. Il ne cède pas aux scènes d’action pour accélérer le rythme et appuyer son propos. Loach filme comme toujours, de façon réaliste, sans effets décoratifs. Loach prend son sujet très au sérieux, au premier degré et filme avec un souci d’utilité. Toutes les scènes n’ont que pour but de montrer l’horreur de la machination conservatrice et de la répression anglaise en Irlande du Nord.

« Hidden Agenda » en fait un peu trop mais évite quand même les scènes faciles (Loach préfère le poids des mots – quitte à livrer un film trop bavard – au choc des images). De plus, le duo formé par la fiancée de l’avocat américain assassiné, Ingrid Jessner (interprétée par Frances McDormand découverte par les frères Coen dès 1984 dans « Blood Simple ») et le détective anglais Kerrigan (on retrouve avec plaisir le brillant acteur écossais Brian Cox), apparemment sans peur et sans reproche, marche très bien.

Aussi improbable que semble le scénario de Hidden Agenda, il est pourtant partiellement basé sur des faits réels. Ainsi le personnage du détective Kerrigan est largement inspiré du détective John Stalker qui a enquêté sur des meurtres de membres de l’IRA par les forces britanniques au milieu des années 80 avant de se voir écarté de l’enquête. Histoire adaptée la même année, en 1990, sur le petit écran dans « Shoot to Kill » par Michael Eaton et Peter Kosminsky. Mais ici Loach et Allen s’en détachent notablement ajoutant le couple d’activistes américains et une histoire de cassette (qui serait la preuve d’un complot mené par les conservateurs pour renverser le gouvernement travailliste).

Evidemment à sa sortie, le film a soulevé une tornade de polémiques. Thatcher, qui a prôné la ligne dure face à l’IRA, est encore au pouvoir. Et même si à la fin des années 80, quelques pistes d’espoir existent, la tension reste très forte en Irlande du Nord et l’IRA n’a pas encore déposé les armes.

Le film, écrit et réalisé par deux Anglais, est vu par certains comme un film de propagande pro-IRA, notamment par le célèbre critique Alexander Walker. Et de façon non surprenante, « Hidden Agenda » sera mieux accueilli à l’étranger, notamment au festival de Cannes où il décrochera le prix du jury. Pas échaudé, Loach reviendra sur la question irlandaise notamment via « The Wind that Shakes the Barley » (Le vent se lève, 2006) – film qui lui vaudra sa première palme d’or à Cannes – et Jimmy’s Hall (2014).

Dans les années 80, celles de Thatcher, Loach ne tourne que trois longs, très différents les uns des autres. « The Gamekeeper » (1980) , « Looks and smile » (1981) et « Fatherland » (1986). Dans le second il aborde déjà (en biais) la question irlandaise, et dans le dernier il s’intéresse au cas d’un chanteur politique est allemand contraint à l’exil.

« Hidden Agenda » a aussi pour particularité d’être produit par Hemdale, une société de distribution et de production, co-fondée par l’acteur David Hemmings et le producteur John Daly, et qui a investit dans des films aussi divers que « Images » (1972), « Terminator » (1984), « The Last Emperor » (1987) ou encore, dans quelques films engagés politiquement comme « Salvador » (1986) ou « Platoon » (1986).

« Hidden Agenda » constitue la première collaboration au cinéma de Loach avec le scénariste de Manchester Jim Allen mais ils avaient déjà travaillé ensemble sur la mini série « Days of Hope » (1975) et deux téléfilms (single plays). Ils collaboreront à nouveau sur « Raining Stones » (1993) et « Land of Freedom » (1995). Ancien ouvrier, Allen avait commencé sa carrière de scénariste sur le soap « Coronation Street » avant de signer plusieurs single plays notamment pour la prestigieuse anthologie The Wednesday Play. Il est mort en 1999.

DVD zone 2 FR. Studio MGM (2004). Version originale sous-titrée en français et version française

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