Review of: Gumshoe
Crime:
Stephen Frears

Reviewed by:
Rating:
4
On 23 septembre 2015
Last modified:22 octobre 2015

Summary:

Un hommage bourré de clins d'oeil qui reprend tous les archétypes du film noir et qui trouve le juste équilibre entre parodie douce amère et suspense.

Un hommage bourré de clins d’oeil qui reprend tous les archétypes du film noir et qui trouve le juste équilibre entre parodie douce amère et suspense.

Gumshoe

Gumshoe (1971)

Réalisé par Stephen Frears

Ecrit par Neville Smith

Avec Albert Finney, Billie Whitelaw, Frank Finlay, Fulton Mackay,…

Directeur de la photographie : Chris Menges

Musique : Andrew Lloyd Webber

Produit par Michael Medwin et Albert Finney

Comédie / crime / thriller

UK

Alors qu’il vient d’avoir 31 ans, Ginley (Albert Finney) veut changer de vie. Adieu l’animation du bingo dans un petit club pourri de Liverpool. A lui, la grande vie de détective privé. Il passe une annonce dans un journal pour proposé ses services, porte un imperméable,… Contacté pour une affaire par un mystérieux personnage, il récupère une enveloppe avec à l’intérieur une photo, une somme d’argent et… un pistolet.

Gumshoe_US-1971Après un passage à la télévision, Stephen Frears a l’occasion de signer son premier film pour le cinéma. Mais tout comme Mike Leigh qui sort également son premier film la même année (« Bleak Moments « ), il devra attendre une dizaine d’années avant de revenir au cinéma en 1984 avec « The Hit » (Leigh reviendra pour sa part sur grand écran en 1988 avec « High Hopes »).  Une traversée du désert cinématographique qui néanmoins dans les deux cas sera compensée par une forte activité à la télévision où la liberté de création est alors à son paroxysme (avant de retomber sous les années Thatcher).

A noter qu’à l’époque Frears avait déjà mis les pieds sur un plateau de cinéma, notamment en tant qu’assistant réalisateur pour Karel Reisz (Morgan, 1966), Albert Finney (Charlie Bubbles, 1967) ou encore Lindsay Anderson (If…, 1968).

« Gumshoe » est en tout cas loin d’être une mauvaise pioche. Voici un film noir à l’anglaise réussi avec son personnage central tragi-comique, Ginley, joué par un Albert Finney inspiré. Ginley est un raté, instable, le contraire de son frère William, homme d’affaires spécialisé dans l’import-export avec l’Afrique. La relation entre les deux frères est d’autant plus tendue que le frérot a épousé l’ex petite amie de Ginley. William est par ailleurs fort mécontent que son frère veuille faire carrière comme détective privé, et craint l’impact sur son propre business.

Mais Ginley n’en a que faire. Il est déjà dans le rôle. Il porte l’imperméable, accélère son débit de parole, adopte le vocabulaire du métier, fume cigarette sur cigarette… Son modèle est évidemment Sam Spade, le détective de Dashiel Hammett interprété à l’écran par Bogart, et quand il récupère une enveloppe avec un pistolet et une photo à l’intérieur, il ne se sent pas prêt à jouer les tueurs à gage, mais est bien décidé à élucider cette sombre affaire.

Au-delà même du comportement de Ginley, « Gumshoe » absorbe tous les archétypes du film noir. Il y a une femme fatale, un tueur sur les traces du héros, une narration en voix off,…

Ginley n’a pas toute sa tête, ses actions et ses paroles sont souvent dénuées de sens. Et pourtant malgré son comportement erratique, il met en danger à lui tout seul tout un business mafieux à destination de l’Afrique du Sud.

Le scénariste Neville Smith qui comme Frears avait débuté quelques années plus tôt à la télévision, livre ici un scénario convaincant. Frears fait également preuve d’une belle maturité pour un premier film, gardant toujours l’équilibre entre thriller et comédie. L’ambiance (élément clé dans un polar !) est bien présente grâce à Liverpool en toile de fond, surtout quand elle est filmée par la caméra d’un directeur de la photo du talent de Chris Menges (qui sortait de films aussi différents que « Kes », « Black Beauty » et « Loving Memory »). j’aurais bien vu une bande son jazzy pour l’occasion mais la musique composée par  Andrew Lloyd Webber est correcte (ce dernier va triompher la même année avec « Jesus Christ Supertar » et « Gumshoe » restera l’une des ses rares incursions dans la musique de films).

Le film, comme son héros, a continuellement un rictus au coin de la bouche. Il ne se prend pas au sérieux, mais livre quand même un thriller qui se tient.

« Gumshoe » est resté indisponible pendant des décennies. L’utilisation de termes racistes de la part de Ginley, comme la scène où l’un des personnages se fait une piqure d’héroïne, a rendu difficile sa diffusion à la télévision. Il est enfin sorti en DVD en 2009.

Le premier film de Stephen Frears est un petit bijou à redécouvrir.

[xrr rating=8/10]

DVD Sony Pictures Entertainment. Version originale sous-titrée en français

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