Drame:
Joseph Losey

Reviewed by:
Rating:
4
On 14 avril 2015
Last modified:14 avril 2015

Summary:

Un film atmosphérique et quasi métaphysique injustement méconnu de Joseph Losey. Robert Shaw et Malcolm McDowell sont impeccables.

Un film atmosphérique et quasi métaphysique injustement méconnu de Joseph Losey. Robert Shaw et Malcolm McDowell sont impeccables.

FIguresInALanscape1970

Figures in a Landscape (1970)

(Deux hommes en fuite)

Réalisé par Joseph Losey

Ecrit par Robert Shaw d’après le roman de Barry England

Avec Robert Shaw, Malcolm McDowell, Henry Woolf, Pamela Brown,…

Directeurs de la photo : Henri Alekan, Peter Suschitzky, Guy Tabary

Musique : Richard Rodney Bennett

Produit par John Kohn pour Cinecrest

Aventures / drame / thriller

110 mn

UK

Deux hommes (Robert Shaw et Malcolm McDowell), les mains attachées dans le dos, courent dans un paysage composé de steppes et de montagnes, poursuivis par un hélicoptère.

figures_in_a_landscape1970Un hélicoptère noir survole un magnifique paysage qui pourrait bien se situer quelque part en Amérique du Sud. Deux silhouettes courent, perdues dans le paysage immense qui semble sans fin, ne mener nulle part.

Pourquoi les deux protagonistes sont en fuite, qui sont ceux qui les poursuivent ? Vous ne le saurez jamais. Et qu’importe !

Les deux hommes pourraient être père et fils comme le souligne MacConnachie (Robert Shaw). Lui est un homme d’âge moyen, marié et père de deux filles, issu d’un milieu modeste. Ansell (Malcom McDowell) est un jeune homme de bonne famille qui était plus occupé à profiter de la vie et à sortir avec le maximum de filles.  Un fossé social et générationel les sépare, source de frictions sans fin entre les deux hommes. C’est pourtant ensemble qu’ils vont devoir lutter pour leur survie, les défauts de l’un compensant ceux de l’autre.

MacConnarchie vu son âge et son expérience a tendance à dominer le duo. Il a fait la guerre, est nettement moins perdu dans des conditions extrêmes et n’hésite pas à tuer.  Mais il reste un homme simple, mué par des instincts plutôt que par la raison, et la domination intellectuelle et sociale d’Ansell prend parfois le dessus.

Ce jeu de domination réciproque, qui s’inverse au fil des événements, est typique du cinéma de Losey. Les dialogues semblent parfois sans queue ni tête et le personage de MacConnarchie donne l’impression d’être sur le point de perdre la raison. On n’est pas très loin non plus du théâtre de l’absurde (à la « En attendant Godot »). MacConnarchie et Ansell sont les deux seuls personnages parlant de tout le film (si on excepte une vieille femme hurlant brièvement interprétée par Pamela Brown !).

Le film a une véritable atmosphère (la musique abstraite de Richard Rodney Bennett renforce encore le pouvoir hypnotisant des images) et provoque des réactions diamétralement opposées de la part des spectateurs. On peut lâcher le film très rapidement (au bout de 20 minutes) ou se laisser transporter par l’ambiance assez unique dégagée par le film.

Le titre anglais résume assez bien l’esprit du film. « Des silhouettes dans un paysage ». Les deux protagonistes, métaphores de l’humanité, semblent perdus dans la nature gigantesque qui les entoure. Ils poursuivent un but qui semble inatteignable, un mythe plutôt qu’une réalité (une frontière située en haut d’une montage enneigée). Ils sont poursuivis par un oiseau de proie mécanique (piloté par deux hommes qui semblent n’en être qu’une extension corporelle) qui joue avec eux au chat et à la souris. Il faudra attendre que MacConnarchie tue le co-pilote, pour que la fureur (quasi divine dans son ampleur) se déchaine.

Robert Shaw, qui a commencé en 1960 une carrière d’écrivain et qui avait déjà signé quelques scénarios surtout pour la télévision, signe ici une adaptation du roman de Barry England. Lui comme Losey n’étaient pas les premiers à travailler sur le projet, il a repris un script existant qu’il a retravaillé pendant des semaines et continué à écrire pendant le tournage. Son traitement le rapproche du travail d’Harold Pinter qu’il connait bien et qui a justement aidé Losey à laisser sa marque sur le cinéma mondial. Le film ne surprendra donc pas ceux qui ont déjà vu les collaborations entre Losey et Pinter (« The Servant » surtout).

On imagine que les conditions de tournage (qui a duré quatre mois) ont dû être exceptionnellement dures pour les deux acteurs qui passent les 25 premières minutes du film les mains attachées dans le dos, et qui subiront à peu près toutes les épreuves possibles pour deux hommes lâchés dans une nature inhospitalière et traqués par un démiurge (l’hélicoptère, véritable troisième personnage du film) puis une véritable armée.

« Figures in a landscape » est un film trop vite oublié dans la filmographie de Losey et c’est dommage. Ce n’est clairement pas le plus facile d’accès mais c’est très loin d’être l’une de ses oeuvres les moins intéressantes.

[xrr rating=7/10]

DVD zone 2. Edition Pays-Bas. Version originale avec des sous titres français.

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