Review of: Fahrenheit 451
Science Fiction:
François Truffaut

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4
On 27 septembre 2016
Last modified:17 octobre 2016

Summary:

Une adaptation plutôt réussie d'un classique de la SF américaine par François Truffaut dans sa seule incursion dans une production internationale

Une adaptation plutôt réussie d’un classique de la SF américaine par François Truffaut dans sa seule incursion dans une production internationale

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Fahrenheit 451 (1966)

Réalisé par François Truffaut

Ecrit par François Truffaut et Jean-Louis Richard d’après le roman de Ray Bradbury

Avec Oskar Werner, Julie Christie, Cyril Cusack, Anton Diffring,…

Directeur de la photographie : Nicolas Roeg

Musique : Bernard Herrmann

Produit par Lewis M. Allen pour Anglo Enterprises et Vineyard Film Ltd.

Tourné aux studios Pinewoood

UK/USA

Montag (Oskar Werner) est un pompier, c’est à dire qu’il brûle les livres. Mais sa rencontre avec une jeune femme « différente » Clarisse (Julie Christie) va l’amener à questionner son couple, son métier et surtout sa relation avec cet objet interdit et mystérieux… les livres.

fahrenheit451L’idée d’adapter le roman de Ray Bradbury, publié en 1953, est venue à Truffaut suite à une discussion avec le producteur Raoul Lévy (« Et Dieu… créa la femme »). Il voulait faire un film sur les livres mais détestait la Science-Fiction (« Je trouvais que faire de la science-fiction, c’était manquer d’imagination »). Néanmoins le résumé en trois phrases de Lévy suffit à convaincre Truffaut.

Il lui faudra quatre ans pour monter ce projet, période pendant laquelle il aura le temps d’enregistrer ses fameux entretiens avec Hitchcock, et de réaliser « La peau douce ».

Truffaut négocie les droits auprès de Bradbury au début des années 60. La troisième version du scénario, et la bonne, est due à Truffaut et Jean-Louis Richard (un acteur/scénariste/réalisateur qui signa également avec Truffaut « La Peau Douce » et quelques années plus tard – dans un genre bien différent – l’adaptation du roman érotique « Emmanuelle »).

Au début, Truffaut souhaite faire un film en langue française. Mais aucun producteur français ne veut financer le film. « Mon erreur, au départ, était de vouloir faire un film français (…) C’était trop vaste, trop fort pour ce qu’étaient les films français. Je ne dirais pas trop original, mais enfin spécial. Vous ne trouverez personne en France qui mise plus de cent vingt millions sur un film d’auteur » écrit-il dans son fameux journal de tournage publié en feuilleton dans les Cahiers du Cinéma.

Truffaut va alors rencontrer le producteur américain Lewis M. Allen qui vient de produire le troisième film de Peter Brook : « Lord of the files » (1963). Il accepte de produire Fahrenheit 451 à condition que les rôles principaux soient tenus par des acteurs américains (ce qui in fine ne sera pas le cas).

Après de nombreuses recherches sur des lieux potentiels de tournage, le choix se fixe sur les studios de Pinewood et quelques endroits précis dans le Berkshire pour les extérieurs.

Le tournage sera difficile pour Truffaut qui se retrouve avec une équipe technique entièrement anglaise alors qu’il ne maitrise pas très bien la langue. Il se sent exilé, et vit mal les difficultés de tournage sur la production la plus ambitieuse qu’il ait jamais tournée.

Pour incarner le pompier Montag, Truffaut avait pensé successivement à Jean-Paul Belmondo et Charles Aznavour quand le film devait encore être tourné en langue française. Puis le producteur Lewis M. Allen a proposé Paul Newman et Terence Stamp. Ce dernier restera attaché au projet apparemment jusqu’à ce que Truffaut décide de confier le double rôle de la femme/petite amie de Montag à la même actrice. Stamp aurait trouvé que c’était un mauvais choix et aurait pris ses distances. Truffaut s’est alors rapproché d’Oskar Werner, acteur autrichien qui avait incarné Jules dans « Jules et Jim » en 1961.

La relation entre Werner et Truffaut a été très difficile sur le tournage, au point qu’à la fin de celui-ci Truffaut discutera avec Werner par doublure interposée ! La raison de cette mésentente ? « Oskar Werner avait cru que son personnage de Montag était un héros, alors que pour moi, c’était quelqu’un de dissimulé et d’incertain, éventuellement d’enfantin. Je renie complètement le résultat de son travail »

Cinquième film de Truffaut, son premier en couleur (mais il peut bénéficier de l’expérience de Nicolas Roeg à la photo) et le seul en langue anglaise, « Fahreinheit 451 » est une oeuvre à part dans la filmographie du réalisateur, et souvent un peu dédaigné. Pour autant, même si le film est loin d’être parfait, et ne rend pas toujours justice à la qualité du roman d’origine, c’est un bon film de SF – qui essaie de ne pas en être un jusqu’à limiter au maximum les effets spéciaux et les éléments futuristes (« J’ai voulu éviter tout dépaysement systématique. »). Et ce jusque dans le choix de la musique de Bernard Herrmann qui aurait pu aussi bien appartenir à l’une de ses compositions pour Hitchcock !

Truffaut prend un plaisir évident à brûler les livres (dont un exemplaire des Cahiers du Cinéma !) : « J’adore le feu. Je pense que c’est pour cela que j’ai adoré le livre et évidemment j’étais très heureux de faire ces scènes d’incendie…Mon travail consistait à essayer d’émouvoir avec ces brûlages de livres comme s’il s’agissait d’animaux martyrisés ou même de gens.  » Les multiples plans où des livres se consument en attestent !

Malgré quelques maladresses (aussi bien dans la réalisation pas aussi « onirique » qu’elle le souhaiterait et qui a vieilli malgré l’absence de gadgets, que dans le jeu un peu fade de Werner), le film bénéficie de choix visuels surprenants mais forts (peut-être à contre-courant de ce qu’on aurait pu attendre – mais ce n’est pas forcément un défaut !).

Quant au sujet du film, il reste aujourd’hui toujours aussi visionnaire. « Fahrenheit 451 » c’est un modèle d’anticipation à la hauteur du « 1984 » d’Orwell ou du « Brave New World » de Huxley. Et l’idée des « hommes-livres » reste un concept génial.

A noter que le DVD sorti par MK2 dans les années 2000 bénéficie d’une image correcte mais le film méritait une vraie restauration pour lui rendre justice. Ce qui est apparemment le cas avec l’édition Blu-ray de 2014.

Blu-ray édition FR. Studio MK2 (2014). Bonus : 2 Bandes-annonces
Présentation du film, par Serge Toubiana (6’53 »)
Présentation par Serge Toubiana du journal écrit par François Truffaut (2’21 »)
Le journal de tournage de François Truffaut, lu par Serge Rousseau (75′)
Interview de François Truffaut, par Pierre-André Boutang :
– Truffaut parle de ses rencontres avec Ray Bradbury et Julie Christie
– (Extrait de l’émission « Les écrans de la ville » – 1966) (15′)
« Ray Bradbury, the Illustrated Man », extrait de l’émission « Omnibus » (VOST – 5’20 ») :
– Interview de Ray Bradbury autour de son roman et de l’adaptation par Truffaut
Interview de Julie Christie (VF – 3’40 »)

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