Guerre:
Jack Cardiff

Reviewed by:
Rating:
4
On 30 avril 2013
Last modified:29 février 2016

Summary:

Un film brutal et viril longtemps introuvable. L'un des films préférés de Tarantino.

Un film brutal et viril longtemps introuvable, l’un des films préférés de Tarantino.

Dark of the Sun / Le dernier train du Katanga

Dark of the sun (1968)

(Le dernier train du Katanga)

Réalisé par Jack Cardiff

Ecrit par Ranald MacDougall et Adrian Spies d’après le roman de Wilbur Smith

Avec Rod Taylor, Yvette Mimieux, Jim Brown, Kenneth More, André Morrel,…

Directeur de la photographie : Edward Scaife

Produit par George Englund pour la MGM

Guerre

100 mn

UK / USA

Curry (Rod Taylor) et Ruffo (Jim Brown) font partie d’une unité de mercenaires qui voyagent dans un train à vapeur à travers le Congo, avec la double tâche de sauver les civils menacés par les rebelles et de retrouver une cache de diamants.

Le dernier train du KatangaSi Jack Cardiff est reconnu avant tout aujourd’hui comme l’un des plus grands chefs op’ de tous les temps, il a également réalisé une poignée de films, principalement dans les années 60, qui vont de l’adaptation d’un classique de DH Lawrence « Sons & lovers » (1960) à l’improbable « The Mutations » (1974).

« Dark of the sun » (aka « The Mercenaries) est un film longtemps introuvable à la réputation sulfureuse pour sa violence, et qui a fait l’objet de plusieurs coupes afin de faciliter sa distribution et diffusion. Et il semblerait que la version qui nous est proposée aujourd’hui en DVD soit bien la version censurée. Malgré les assurances du contraire par Warner, j’ai pu lire de nombreux témoignages de spectateurs qui l’ont vu en salles à sa sortie et qui se souviennent clairement de scènes qui ne sont pas présentes dans cette version du film (certains font également mention d’une fin beaucoup plus sombre – ce qui aurait été pas plus mal car la fin actuelle est peu réaliste).

Et de fait, même si le film est particulièrement violent pour un film de la fin des années 60, on a vu bien pire depuis. Néanmoins malgré les coupures et son age, le film est encore impressionnant aujourd’hui par sa « férocité inattendue » (dixit Martin Scorcese). Tarantino, fan du film, cite la musique de « Dark of the sun » dans « Inglorious Bastard » et fait sortir Rod Taylor, acteur principal du film de Cardiff, de sa semi retraite, pour incarner Churchill dans son film.

« Dark of the sun » mérite-t-il la reconnaissance de ces deux grands réalisateurs américains ? Oui. Et pas seulement pour ses scènes de violence mémorables (meurtres, viols, combat à la tronçonneuse et transformation du « héros » en bête sanguinaire en quête de revanche) – Tarantino et Scorcese sont depuis allés beaucoup plus loin. Le temps permet en tout cas de ré-évaluer le film en remettant la violence à sa juste place. « Dark of the sun » est aussi un film d’amitié virile entre deux hommes bien différents : le mercenaire terre à terre et brutal Curry qu’on imagine venir des couches populaires américaines et Ruffo le jeune diplomé universitaire noir d’origine congolaise qui accompagne Curry par idéalisme et refuse tout salaire. Cette amitié est improbable sur le papier et c’est tout à l’honneur des deux acteurs (qui apparemment ne pouvaient pas se supporter) d’avoir su la retranscrire aussi bien à l’écran.

Si le personnage de Curry a le bon rôle, la violence du personnage va ressortir à l’occasion d’une scène de revanche qui va le pousser aux limites de la bestialité.

Le racisme ordinaire et l’impérialisme occidental avec son sentiment de supériorité y sont également traités de front à travers le personnage de Ruffo mais aussi le comportement des blancs vis à vis des congolais.

Le film s’inspire de faits réels et de la prise du pouvoir récente par Mobutu (1960-66). Le film n’a évidemment pas été tourné au Congo mais en Jamaïque !

« Dark of the sun » est l’un des derniers films de Jack Cardiff en tant que réalisateur. Il y retrouve l’acteur australien Rod Taylor avec qui il avait tourné trois ans plus tôt le film d’espionnage « The liquidator » et la biographie de l’auteur Sean O’Casey « The Young Cassidy ». Rod Taylor était alors une star aux US où il enchainait les rôles virils à la télévision et au cinéma depuis le milieu des années 50.

Et il faut dire que Rod Taylor remplit son contrat. Peu d’acteurs britanniques jouent aussi bien les durs (on aurait pu imaginer Sean Connery ou Stanley Baker dans le rôle). Le second rôle principal, Ruffo, est tenu par l’ancienne star du football américain Jim Brown, également très convaincant. L’acteur allemand Peter Carsten y joue son rôle de prédilection, un néo-nazi détestable capable d’abattre des enfants. Quant au faire valoir féminin, il est ici incarné par Yvette Mimieux, actrice américaine qui avait été remarquée sur « The Time Machine » (1960) où elle donnait déjà la réplique à Rod Taylor. Peu d’acteurs anglais au générique mais notons quand même la présence de Kenneth More, l’une des grandes stars anglaises des années 50, dans le rôle du docteur alcoolique et pathétique.

« Dark of the sun » est un très bon film pour ceux qui ont le coeur accroché, et fait partie de ces films qui annoncent l’arrivée quelques décennies plus tard, de nouveaux cinéastes qui iront toujours plus loin dans la description graphique de la violence et de l’ignominie humaine.

[xrr rating=7/10]

DVD Warner. Edition française (collection « les trésors Warner »). Version originale sous titrée en anglais. Aucun bonus.

A découvrir également :