John Mills et Basil Dearden sur le tournage de "The Gentle Gunman" (1952)

John Mills et Basil Dearden sur le tournage de « The Gentle Gunman » (1952)

Basil Dearden (1911-1971)

 

Basil Dearden est l’exemple même du réalisateur de talent injustement oublié.

Basil Dear (de son vrai nom) est né le 1er janvier 1911 à Westcliff-on-Sea dans l’Essex. Il abandonne rapidement l’école, et débute sa vie professionnelle comme garçon de course à Londres.

Après un passage par le théâtre, il commence sa carrière au cinéma comme assistant réalisateur dès 1938 (pour Carol Reed et Anthony Kimmins). Il aurait fait ses premiers pas en tant que réalisateur en 1939 avec « Under Suspision » (qui serait un téléfilm, ce qui semble peu probable) puis sur des comédies qu’il co-signe avec le comique Will Hay pour Ealing (« The Black Sheep of Whitehall » et « The goose steps out » en 1942, « My learned friend » en 1943). Quand il rejoint chez Ealing il a rapidement changé son nom en « Dearden » pour éviter la confusion avec Basil Dean, alors Head of Production.

En 1943 il signe également « The bells go down », un film sur les brigades anti feu dans le Londres du Blitz. Il fait alors la rencontre du directeur artistique Michael Relph. C’est le début d’une longue collaboration prolifique célébrée dans le livre « The Cinema of Basil Dearen and Michael Relph« .

Dearden se tourne ensuite vers une histoire réussie de fantômes « The Halfway House » (1944) avant apparemment de se fourvoyer dans une adaptation bavarde d’une pièce socialiste de JB Presley (« They came to a city »).

Il est l’un des co-réalisateurs du très réussi film à sketch fantastique « Dead of night » (« Au coeur de la nuit », 1945). Puis Dearden se lance dans deux films autour de la seconde guerre mondiale (« The Captive Heart » et « Frieda » en 1946 et 47). « Saraband for Dead Lovers » (1948) est une romance historique également de bonne réputation.

Le duo Dearden et Relph, prolifique, n’hésite pas à aborder la réalité sociale contemporaine et les grands sujets d’après-guerre en utilisant le medium du film populaire (« Frieda » abordait ainsi le racisme anti-allemand dans la société britannique d’après-guerre).

Sorti en 1950 « The Blue lamp » est l’un de leurs plus gros succès. Ce film tourné dans un style documentaire met à l’honneur des bobbies anglais dans un Londres d’après guerre livré à une jeunesse désemparée (ce film marque aussi leur première collaboration avec Dirk Bogarde). Ce n’est pas la dernière fois que Dearden et Relph s’intéresseront au sujet de la délinquance juvénile. Ils vont récidiver  avec « I Believe in You » (1952) et « Violent Playground » (1958). Ces trois films seront accusés par certains d’être conservateurs et de montrer une confiance démesurée dans les institutions.

D’autres films sont moins conformistes. « Pool of London », un excellent thriller sorti en 1951, a un héros noir et aborde le sujet de la contrebande dans une Angleterre rationnée. « Sapphire » (1959) aborde de front le racisme au quotidien à travers une enquête criminelle a priori banale.

La liste des sujets sociaux et politiques abordés par Dearden est longue : le nationalisme irlandais (The Gentle Gunman, 1952), la pénalisation de l’homosexualité (Victim, 1961), le fondamentalisme religieux (Life for Ruth, 1962),…

Deux ans après la vente des studios Ealing à la BBC en 1957, Dearden et Relph s’allient à Richard Attenborough, Bryan Forbes, Jack Hawkins et Guy Green pour former Allied Film Makers, un consortium de production en lien avec la Rank. Pour AFM, Basil Dearden va mettre en scène deux films grand public qui seront de grands succès – le film de casse « The League of Gentlemen » (1960) et la comédie « Man in the Moon » (1960) -, et un drame plus polémique et courageux « Life for Ruth » (1962) qui a malheureusement été un bide.

Pour la Rank, il tournera un film curieux que j’affectionne particulièrement : une version jazzy d’Othello : « All night long » (1962) avec un Patrick McGoohan excellent dans une version modernisée de Iago.

A partir du milieu des années 60, Basil Dearden, toujours en duo avec Michael Relph, va travailler sur de grosses productions (comédies et films d’aventure – voire les deux en même temps) de bonne facture mais nettement moins personnelles « Khartoum » (1966) ou encore « The Assassination Bureau » (1969). Dearden tourne son dernier film « The Man Who Haunted Himself », un thriller fantastique où une histoire de double est en fait une métaphore des deux visages du capitalisme (!), avec Roger Moore, en 1970. Il signera enfin au tout début des années 70 trois épisodes de la fameuse série « The Persuaders » (Amicalement votre).

Il meurt dans un accident de voiture le 23 Mars 1971.

Filmographie sélective :
The Man Who Haunted Himself (1970)
The Assassination Bureau (1969)
Khartoum (1966)
Life for Ruth (1962)
All night long / Tout au long de la nuit (1962)
Victim / La Victime (1961)
The League of Gentlemen / Hold-up à Londres (1960)
Sapphire / Opération Scotland Yard (1959)
Violent Playground (1958)
The ship that died of shame (1955)
Pool of London / Les trafiquants du Dunbar (1951)
The Blue Lamp / La lampe Bleue (1950)
Frieda (1947)
Dead of night / Au coeur de la nuit (1945)
The Halfway House (1944)

Liens

La bio de Basil Dearden sur Screenonline

 

A découvrir également :